Machines, matériaux, possibilités

08 mars 2018

Heimtextil est occupé à changer. L’attention cette année allait visiblement moins à l’équipement, et davantage aux tendances ainsi qu’à la manière dont elles peuvent trouver à s’appliquer. Celles-ci étaient mises en avant dans des zones agréablement emménagées sous forme de parcs.

  • 1. Le parc consacré aux textiles d’intérieur et de confort.

  • 2. Record du monde de tapissage : quatre jours et quatre nuits.

  • 3. Kornit Allegro vendue.

  • 4. Transformation d’imprimés Allegro en taies de coussins.

  • 5. LaForte de 320 cm de large, chez Aleph.

  • 6. Martin Winkler, Durst.

  • 7. Échantillon imprimé avec l’encre pigmentée Greentex de Durst.

  • 8. Epson-Fortex-Robustelli.

  • 9. Robustelli Monna Lisa.

  • 10. PigmentInc Europe.

  • 11. HP Latex série 300.

  • 12. Mike Horsten.

  • 13. Mimaki au Heimtextil 2018.

  • 14. MS JP4, avec dérouleur et enrouleur à l’arrière.

  • 15. Mutoh avec des encres pigmentés Matsui.

  • 16. WallPaper Suite de Xeikon.

  • 17. Combinaison grand format de Fotoba.

  • 18. Calandre très grand format de Monti Antonio.

  • 19. SZK : machine de broderie, avec le châssis de positionnement à droite.

  • 20. Unité de décoration virtuelle d’X-rite Pantone.

  • 21. Scanner 3D de Cruse en action.

  • 22. Décoration HP pour la chambre à coucher.

  • 23. Impression Latex sur support Pongs Silencio 5.

  • 24. Impression Latex sur support BMG Vescom Felt.

  • 25. Impression Latex sur matériau Skinprint d’Endutex.

  • 26. Décoration HP pour la salle de bain.

  • 27. Déco imprimée sur HP Indigo 20000.

  • 28. La Dimense de Veika, avec support « Ecodeco ».

  • 29. Verre Vision de Sefar.

  • 30. Principe de l’encre pigmentée de Matsui.

  • 31. Enrobage polymère autour du grain de pigment.

  • 32. Zimmer Colaris.

  • 33. Diagramme fonctionnel des encres pour textiles DyStar.

  • 34. Tony Naschberger, directeur général de Zimmer.

  • 35. Librairie au Heimtextil.

  • 36. L’un des quelque 400 stands consacrés au design.

  • 37. Atelier Digital Deco Show.

  • 38. « Immersive Landscape ».

  • 39. Collectif Post-Couture.

  • 40. Green Workspace.

  • 41. Debbie McKeegan, Digetex.

  • 42. European Digital Textile Conference.

  • 43. Tansy Fall, rédactrice à WTiN.

  • 44. Mutlu Chaouch Orozco, analyste pour TWiN.

  • 45. Prof. Dr. em. Marc Van Parys.

Le parc « Interior & contracting textiles » (1) était ainsi dédié à l’architecture d’intérieur et de confort. (2) Une tentative d’établir un record Guinness mondial du tapissage était en outre organisée. Quatre jours et quatre nuits sans interruption passés à poser le plus possible de lès de papier peint sur un mur de cent mètres de long. Ce type de mini-événements, rehaussés par la présence de célébrités, a contribué à renforcer l’attractivité du salon.

Affluence stable

Heimtextil maintient un nombre d’exposants et de visiteurs assez stable depuis déjà quelques années : environ 70 000 entrées en 2018, 2017 et 2016. L’édition 2018 a accueilli 2 975 exposants, contre 2 963 en 2017. L’organisation fait de son mieux pour y insuffler de la croissance, mais l’intérêt pour les techniques (d’impression) semble s’estomper. Les matériaux de décoration font un carton, en revanche. Avec beaucoup de choses à découvrir du côté des nouvelles possibilités et des marchés naissants. Nous avons fait notre petit tour.

Machines d’impression

Durst et Efi-Reggiani n’exposaient aucune imprimante textile cette année, et HP, SPGPrints-Stork et Zimmer faisaient à peine mieux. Les stands d’Efi, Stork et Zimmer croulaient par contre sous les échantillons. Durst n’était même pas présent en tant que tel, mais uniquement par la voix d’un orateur à la « Digital Textile Conference » de WTiN. Pour une production vraiment haut de gamme, il fallait chercher du côté des imprimante textiles d’Aleph, Kornit, MS et Robustelli. D’autres machines étaient en démonstration chez Epson, GoTx, Mimaki et Mutoh. Cette année pas plus que les précédentes, pas de trace au salon d’imprimantes soft sign de constructeurs comme Agfa, ATP Color, DGI, Gandy, MTEX et Roland DG. Monti Antonio était le seul fournisseur de calandres de sublimation à proposer des démos de ses techniques.Le principal fait d’actualité au Heimtextil est venu de chez Kornit et Xeikon, qui ont déclaré des chiffres de vente surprenants au salon. (3) Sur l’imprimante textile monopasse roll2roll sept couleurs Allegro de 180 cm de large de Kornit, on pouvait lire sur un écusson magenta Sold to: V. (name confidential). Kornit a laissé entendre sur le stand que le V. était l’initiale de Vriesco International Fabrics, à Leeuwarden (Pays-Bas). Derrière cette dénomination se cache le magasin de tentures « A House of Happiness - des rideaux fabriqués spécialement pour vous » ; vidéo YouTube : « A House Of Happiness - Gordijnen (NL) ». L’Allegro devait partir là-bas après le salon. L’Allegro en démonstration sur le stand de Kornit était configurée en ligne avec la table de découpe S3 L-1200 de Zünd, qui ne fera pas le déménagement chez Vriesco. (4) À côté de la table, une jeune dame cousait rapidement ces découpes sur trois côtés pour en faire des taies d’oreiller. Une démo d’une ligne de production dédiée aux commandes sur demande les plus simples, réalisées sur un système d’impression Kornit Allegro qui peut faire beaucoup mieux que cela. Le prix de cette configuration Allegro atteignait 490 000 euros tout compris. (5) Aleph a proposé des démonstrations sur une imprimante de transfert à sublimation La-Forte de 320 cm avec bande transporteuse aspirante pour papier de 70 g/m2 (à la Fespa 2016 de Hambourg, le système faisait 220 cm). Cette même imprimante serait configurable avec un tapis adhérent (sticky belt) permettant l’impression directe sur le textile. La LaForte imprime à la résolution de 300 x 300 dpi ou davantage, avec des têtes Kyocera de 108,25 mm de large : deux rangées de buses par couleur et max. 1 200 dpi en multipasse avec jusqu’à 8 couleurs. Prix tarif de la machine de démo : 350 000 euros. (6) Durst était présent exclusivement à travers la personne de Martin Winkler, son Segment Manager Textile Printing, qui a pris la parole lors de la « Digital Textile Conference » de WTiN. D’après son tableau synthétique, quelque 870 065 m2 de textile ont été imprimés en numérique en 2016. En 2021, ce sera 1 948 804 m2, soit plus du double, selon Durst. Une distinction a été faite pour le textile de communication visuelle/soft sign, qui devrait progresser de 305 292 m2 à 596 306 m2, c’est-à-dire +95 % de hausse, prévoit Durst. Winkler a ensuite mis en avant la série Durst Alpha (vendue déjà à plus de 250 exemplaires dans le monde), équipée d’un système de lavage intégré à lame d’air et qui utilise les encres pigmentées Greentex de Durst. Il a étayé son témoignage de vidéos, de tables de résistance et de qualité impressionnantes, mais aussi d’échantillons. (7) Les échantillons de Durst, imprimés sur une étoffe soyeuse aussi bien avec des encres réactives que pigmentées ne montraient aucune différence du point de vue de l’intensité des couleurs, de la brillance ou de la tonalité. (8) Sur le stand Epson-Fortex-Robustelli, on pouvait voir des démonstrations de ce portefeuille combiné pour les petites séries d’imprimés textiles ainsi que pour les papiers peints. La SureColor S80600 de 162,6 cm d’Epson, avec plateau de sortie chauffant, imprimait du papier mural à max. 1 440 x 1 440 dpi avec des encres aqueuses Epson UltraChrome GS3. Cadence maximale : 52,3 m2/h en deux passages. L’échantillonnier était rempli d’exemples d’impression sur supports film/papier/textile, structurés ou non, de 3M, Avery, FelixSchoeller, Filmolux (notamment crépi), Heytex et Sihl ; certains de ces matériaux sont autocollants. Prix de l’imprimante : 24 556,95 euros. La SureColor F9300 huit couleurs de 162,6 cm de large exposée en fonctionnement - également avec plateau de sortie chauffant - était la toute nouvelle imprimante à transfert textile par sublimation d’Epson, capable de produire 60,1 m2/h de transferts imprimés à max. 720 x 1 440 dpi. Une production de 108,6 m2/h dans une résolution plus basse aurait encore une qualité commercialisable. Prix de la machine au salon : 19 999 euros. (9) La Robustelli « Monna Lisa Evo Tre » de 180 cm de large d’Epson était la solution salon du fabricant japonais pour l’impression « direct to fabric » pour un grand nombre de mètres courants. Cette Robustelli imprime et fixe directement sur textile polyester. Après le séchage-fixage, l’imprimé sublimé est directement prêt pour l’utilisation finale. La Monna Lisa de Robustelli est à présent équipée de la toute nouvelle tête en Z Xaar 5601 qui éjecte des gouttelettes de 8 pl. Le chariot de tête comporte désormais 4 têtes pour chacune des 8 couleurs = 32 têtes. Cette nouveauté a fortement augmenté la productivité. Elle va de 658 m2/h à 300 x 600 dpi pour un passage bidirectionnel, à 147 m2/h à 1 200 x 1 200 dpi pour quatre passages bidirectionnels. La Robustelli en démonstration coûtait 450 000 euros avec sécheur de fixage et enrouleur. (10) Le distributeur européen PigmentInc, à Grootebroek (Pays-Bas), proposait des démonstrations sur une imprimante textile GoTx-4190 de 190 cm de large pour encres à pigments. Celle-ci est équipée de quatre têtes Epson/DX7 pour une cadence de sortie de 204,3 m2/h en monopasse bidirectionnel à 360 x 360 dpi, jusqu’à 12,2 m2/h en 16 passages bidirectionnels à 1 440 x 1 440 dpi. La version 4 têtes coûte 65 000 euros, contre 43 000 euros pour la 2-têtes. Une telle imprimante demande un sécheur de fixage de 190/260 cm de large : le GoTx-1900FX à 21 000 euros ou le GoTx-2600FX à 25 000 euros. Pour les substrats difficiles qui requièrent un traitement préalable, PigmentInc propose la GoTex-PT1900 à 19 000 euros. Cette unité est également disponible en 260 cm de large. Grootebroek abrite le Centre européen de démonstration et d’assistance de PigmentInk, où sont exposées toutes les machines de soft sign et de DTG (impression directe sur vêtement). Le stand de GoTx à Heimtextil était dos à dos avec celui d’Alubest, le distributeur polonais de PigmentInc. Une double exposition, pourrait-on dire. En Belgique, Kevin Blanco Valle, de la sprl liégeoise « Happy Sunday », travaille avec la GoTx GoT-2190 : l’imprimante avec 2 têtes Epson/DX7 et le sécheur de fixage GoTx-1900FX (www.happysunday.co). (11) Une HP Latex série 300, la seule imprimante Latex exposée sur un coin du stand HP, proposait des applications convaincantes (lire plus loin). (12) Mike Horsten, Business Manager LFPro de HP, témoignait sur la base de vidéos hésitantes montrées à la « Digital Textile Conference » de WTiN, que la Gen3-Latex d’HP convient désormais pour le textile polyester, la gaze, le lin, le coton et les étoffes à base de coton, ainsi que pour les textiles à isolation phonique de Pongs. Il a également mis en exergue les avantages de l’impression Latex d’HP pour les applications de soft sign, par rapport à l’utilisation des encres UV actuelles. Avec la Gen3-Latex d’HP, assure Horsten, finies les typiques odeurs d’UV, pas de risque de voir l’encre craqueler et le séchage s’opère à cœur, contrairement aux encres UV sur textile. Même les imprimés rétroéclairés se portent mieux avec la Gen3-Latex d’HP. (13) Sur le stand de Mimaki, on pouvait assister à des démonstrations d’une TS300P-1800 de 195 cm de large. Cette machine est l’imprimante de transfert par sublimation lowcost de Mimaki ; elle convient parfaitement pour la mode, les vêtements, les tenues de sports ou les textiles d’ameublement. Étaient également exposées : la TS500P-3200 (320 cm de large) ainsi que la Tx300P-1800B « stickybelt » pour applications avec encres de sublimation, à colorants dispersés, à pigments, réactives ou acides sur textile étirable. Mimaki prétend que la série Tx300P peut imprimer en même temps avec deux types d’encres pour textiles différents. De quoi permettre, avec la même imprimante, « d’imprimer sur textile coton avec des encres pigmentées et sur polyester avec une encre à sublimation, et ce sans les pertes de temps et les tracas liés au changement de ces types d’encres ». (14) MS a montré deux imprimantes textiles rouleau-rouleau à sublimation JP4 de 320 cm de large en différentes exécutions. En réponse à une demande du marché, l’enroulage sur l’un des modèles s’effectue par l’avant avec un sécheur infrarouge au-dessus de la sortie. Sur l’autre modèle, l’imprimé sort à l’avant par-dessous l’imprimante, pour retourner ensuite vers l’arrière et être enroulé sur la même unité que le dérouleur. Dans ce dernier cas, le parcours est plus long et le sécheur IR est évacué sous l’imprimante. Les deux types sont dotés des mêmes têtes Kyocera pour des gouttelettes de 4 à 72 pl. La JP4 coûte environ 250 000 euros. Cette JP4 se prêterait aussi à l’impression directe sur textile polyester avec des encres MY pigmentées. (15) Mutoh a surtout mis l’accent sur son utilisation des encres à l’eau pigmentées DigiAce de Matsui sur sa ValueJet 1938TX (lire également sous « Matériaux »). Celle-ci imprimait directement sur un support « Premier Textile ». La ValueJet 1948WX de Mutoh imprimait quant à elle en polychromie sur du papiertransfert de sublimation de Coldenhove.

Autres machines

Heimtextil avait encore d’autres équipements intéressants à montrer. Ainsi : un double succès belge a pu être enregistré sur le stand de Xeikon. (16) Deux clients ont signé « au salon » pour l’achat de sa Wall-Paper Suite. Cette configuration Xeikon était présentée en démonstration sur le stand autour de la presse numérique CX500 à grande vitesse (30 m/min) de 52 cm de large, qui imprimait en polychromie recto sur du papier LahnPaper de 150 g/m2. Tant K&L Wall Art GmbH que PPS Imaging GmbH (tous deux de Berlin) ont opté pour une Xeikon 8500 recto de 51,2 cm de large à 12 m/min pour leur WallPaper Suite. Une version plus lente, mais également plus abordable que la CX500 montrée au Heimtextil. La presse est pilotée par la solution de gestion de flux Xeikon X-800. Le prix de la configuration démo (avec coupe des bords et enrouleur en ligne) est d’environ 835 000 euros. (17) Fotoba a montré un système de rognage grand format pour affiches géantes (présenté avec des textes de l’imprimerie en ligne Flyeralarm pour les besoins de la démonstration). Cette combinaison Fotoba de la JRU320 avec le XLE170WP affichait un prix total de 70 000 euros. (18) Monti Antonio était le seul fournisseur de calandres de sublimation pour textile présent au salon, avec son modèle 901-3600. Les presses à calandre de Monti Antonio sont connues pour leurs tambours de transfert à bain d’huile, système de chauffage contribuant à une température très stable et à une sublimation des couleurs uniforme sur toute la largeur (jusqu’à 540 cm). La calandre de 360 cm en démonstration avait un prix de 80 000 euros. Le distributeur pour la Belgique est TTS, à Waddinxveen (Pays-Bas). (19) À côté de sa machine à broder ZSK Sprint-6, la société ZSK Stickmaschinen, de Krefeld, faisait découvrir le système de positionnement d’images « Tree EPS » (Easy Positioning System) de Smake GmbH. Monté sur un châssis de positionnement externe, le projecteur LED de Smake projette l’image sur le tee-shirt. Après fixation du cadre à broder sur le tee-shirt, le positionnement est défini. Une fois le cadre (avec le tee-shirt tendu) placé sous la brodeuse, la position est assurée. D’où des gains de temps, car les réglages ne doivent plus être réalisés sur la machine à broder à l’arrêt. Ils peuvent s’effectuer à l’avance et hors machine. Vente directe chez ZSK, dont le représentant a fait savoir que ZSK avait conclu un accord avec un client polonais pour la livraison de 40 machines à broder à une chaîne de webshops. (20) X-rite Pantone montrait « l’écosystème de capture totale de l’apparence » (TAC). Un nom bien long pour un système complexe qui comporte plusieurs modules. Concrètement, il s’agit d’un poste de scannage et de projection, permettant de projeter le motif digitalisé en 3D autour d’un objet (une sorte de drapage virtuel) : veste, paire de chaussures, percolateur, etc. De quoi permettre de soumettre des objets décorés en 3D pour validation aux donneurs d’ordres. Le prix de ce système de conception signé X-rite est d’environ 240 000 euros. (21) Cruse a de nouveau proposé des démonstrations de son « DC SynchroLight 3D-TableScanner », sorte de caméra numérique verticale sur une table à déplacement YX. De plus en plus de scans 3D pour impressions giclée (qualité musée) semblent provenir d’un tel scanner. Ils donnent de belles reproductions imprimées au relief quasi réel. La société Fotorama, à Wevelgem, dit être la seule en Belgique à disposer d’un scanner grand format Cruse. Le plus grand format disponible pour la table de numérisation de Cruse est de 150 x 250 cm. Le prix varie entre 50 000 et 250 000 euros selon le format et l’équipement supplémentaire. Vente directe chez Cruse, à Wachtberg (Allemagne).

Matériaux et supports

La présentation la meilleure et la plus complète dans le domaine des supports au Heimtextil est venue de chez HP. (22) Le focus d’HP en matière de décoration ciblait totalement les applications d’intérieur pour les différents espaces à vivre de la maison : chambre à coucher, séjour, salle de bain, bureau, vestibule, bar, coin salon. Du sol aux murs en passant par les tentures et le textile d’ameublement, le tout imprimé avec des encres Latex et soutenu par un remarquable sample book. (23/24) Du côté des support muraux à structure en relief, on a noté le « Pongs Silencio 5 » et le « BMG Vescom Felt/Tabby » en finition gaufrée, tous deux avec des motifs imprimés en Latex sur des panneaux de chambre à coucher (voir photo 22). (25) Une élégante application de tissu d’ameublement a attiré notre attention : deux fauteuils garnis en matériaux « Leatherprint » et « Skinprint » (un rien plus mince) du fabricant espagnol Endutex. L’un et l’autre avec des imitations cuir sur un dos tricoté de différentes épaisseurs. (26) Une décoration de salle de bain par ailleurs superbe a montré ce qu’il ne faut vraiment pas faire : un « papier mural durable lisse HP sans PVC » collé sur l’évier avec un bord relevé sensible, qui aura vite fait d’être ruiné par l’eau et le savon. Et du même acabit, la grille d’évacuation d’un récepteur de douche. (27) HP a également montré son intérêt pour l’impression rol2roll de papier mural avec un imprimé décoratif produit sur support « Van Merksteijn W310 » par une presse numérique HP Indigo-20000. Vu le succès de ce genre d’applications, on comprend sa volonté de ne pas laisser le champ libre à Xeikon. Une remarque toutefois à ce propos : une HP Indigo 20000 imprime en 76 cm de laize, alors que les rouleaux de papier peint standard ont une largeur de 53 cm chevauchement compris. (28) La société Veika proposait un substrat en mousse sans PVC de conception exclusive de marque « Ecodeco », à 3,50 euros/m2, avec l’imprimante Latex Dimense de 160 cm de large, à 70 000 euros, pour une production de 20 m2/h. Nous avions déjà pu faire connaissance avec cette solution à la Fespa de Hambourg 2017. L’imprimante crée un effet de relief/gaufrage sur le support mousse « Ecodeco ». La réaction se produit dans une section suivante de la Dimense, où les endroits non enduits de la mousse enflent jusqu’à créer un relief jusqu’à max. 1 mm d’épaisseur. Dix systèmes Dimense se seraient vendus entre-temps en Europe. Pas encore au Benelux, mais bien en Allemagne, avec deux exemplaires. La vente pour le Benelux est encore directe. (29) La présentation d’ouverture au Heimtextil a permis de montrer différentes applications de design sur verre avec l’assortiment de produits « Vision » du fabricant suisse Sefar, bien connu dans le monde de la sérigraphie. Des applications aussi bien pour l’environnement extérieur que pour la décoration d’intérieur.

Matériaux-encres inkjet (30-31)

En matière d’encres inkjet pour imprimantes textiles de niveau d’entrée, l’attention au Heimtextil s’est portée vers le partenariat entre Mutoh et le Japonais Matsui. Un intérêt qui s’explique par les succès remportés au Japon et aux États-Unis avec les encres pigmentées à l’eau DigiAce sur textile sans post-traitement ; et donc, uniquement à l’aide du séchage en ligne. Un textile prétraité reste toutefois recommandé pour la plus haute résistance au lavage et à l’abrasion. Le principe de fonctionnement (mécanisme breveté Dyestone) est expliqué dans les schémas, où l’on voit clairement l’enrobage polymère hydrosoluble autour du gain de pigment qui se fixe à 150 °C sur et entre les fibres textiles (http://matsui-color.com). (32) Pour ce qui est des encres inkjet destinées aux systèmes d’impression textile industriels, comme le Colaris de Zimmer, il a été question d’une collaboration sincère entre le constructeur Zimmer et le fabricant d’encres DyStar. L’un et l’autre ont évoqué la génération d’encres Jettex 4.0 comme étant la 3.0 au superlatif, avec de nouvelles formulations. Et ce dans les groupes d’encres réactives, de cuve, en dispersion, à sublimation, acides et pigmentées. La Jettex Black R-KC-02 fournit un noir 40 % plus intense que le standard du marché pour une encre textile noire. (33) Le diagramme de DyStar a montré les étapes de processus de post-impression nécessaires pour les différents systèmes d’encres textiles. Ce qui explique à nouveau la popularité croissante de l’impression transfert par sublimation en deux étapes sur polyester. L’encre à colorants de cuve de Jettex donne d’excellents résultats à tous les égards. Cette application fixe les couleurs en deux étapes de post-impression « humides ». Un bain de post-impression supplémentaire réoxyde les couleurs sur les fibres. Le résultat final est très doux au toucher. Les conditions de process pour les encres de cuve Jettex sont complexes et elles ne fonctionnent que sur les fibres cellulosiques, comme le coton, le lin et la rayonne. Vu les scores de qualité élevés, Zimmer a entrepris de populariser l’application des encres de cuve via une seule étape de traitement ; pour l’impression numérique également. Le procédé n’est encore que peu ou pas appliqué. Zimmer voit dès lors un avenir pour les produits textiles haut de gamme, où les caractéristiques de tenue à la lumière, au frottement et au lavage sont déterminantes. (34) Tony Naschberger, Managing Director de Zimmer, a confirmé que Zimmer, outre son partenariat avec DyStar, travaille également avec le fabricant d’encres Colorobbia, à Valence. Celui-ci est réputé pour ses pigments destinés à l’impression de carrelages. Un fournisseur « second-source », a-t-il expliqué.

Possibilités

Heimtextil a offert de nombreuses possibilités aux créatifs de se plonger dans le design textile. (35) Pas mal d’idées pouvaient déjà être puisées dans les ouvrages proposés par différentes boutiques de librairie. On y voyait notamment beaucoup de livres multilingues, avec des CD contenant des fichiers de conception libres de droits. La résolution d’image n’est pas aussi cruciale dans le domaine du textile que pour l’imprimé. Un imprimeur de moquettes expliquait que 30 dpi étaient déjà suffisants pour un tapis imprimé à poil ras produit sur demande. (36) Une balade dans le hall 4.2 d’Heimtextil était de nature à stimuler l’imagination. Sur environ 400 stands, une foule de designers, petites entreprises, collectifs créatifs, etc. y exposaient des objets imprimés hauts en couleurs. Beaucoup de jeunes visiteurs se demandaient comment développer une production propre de textiles, papiers peints et moquettes à partir de ces concepts. (37) DecoTeam organisait des « Digital Deco-Shows » en continu sur son stand. Le public était invité à concevoir sa propre déco d’intérieur sur des tablettes prêtées pour l’occasion, en utilisant le logiciel « materialo.com ». Les participants bénéficiaient de l’accompagnement d’un modérateur expert et des encouragements de la vedette de la télé allemande Enie van de Meiklokjes. Ces ateliers déco ont eu beaucoup de succès auprès d’un public conquis et enthousiaste. (38) Trois designers avaient clairement laissé leur marque dans la réalisation de l’œuvre « Immersive Landscape », un joli collage en moquette. Ils avaient été mandatés par « Mooi Carpets », « Object Carpet », Gerriets et AiT-Selma pour montrer les possibilités créatives en la matière. (39) Le parc thématique « The Future is Urban » à Heimtextil montrait les vêtements et ustensiles ménagers fabriqués à base de PET recyclé du Collectif Post-Couture. La matière est transformée en une étoffe feutrée et douce au toucher. Le Collectif Post-Couture est composé de cinq stylistes talentueux issus de l’Académie d’Anvers : Sofie Nieuwborg, Emmanuel Ryngaert, Sofie Gaudaen, Kjell de Meersman et Marie-Sophie Beinke. La technique, très reconnaissable, d’assemblage après découpe au laser confère une dimension supplémentaire à la collection, d’un point de vue tant esthétique que conceptuel. Tous les articles de la collection Post-Couture Antwerp peuvent être téléchargés sous forme de fichiers électroniques, l’utilisateur n’ayant plus qu’à se rendre au « Makerspace » le plus proche (équipé d’une table de découpe comme on en utilise dans le secteur de la signalétique) pour faire réaliser leurs propres vêtements ou accessoires. (40) Le même parc thématique avait aussi un pavillon « Green Workspace » fort judicieusement envahi de plantes tropicales, parmi lesquelles une personne travaillait sur son laptop. Plus loin encore, se tenait la « Green Village Lecture Area ». Le tout venant en sus du « Green Directory », le répertoire écolo de Heimtextil. On le voit, l’organisateur du salon de Francfort aime volontiers se montrer sous son « côté vert ». Même si c’est de manière cosmétique. (41) Pour Debbie McKeegan, fondatrice de Digetex (www.digetex.co.uk), le monde du design et l’industrie du textile vivent des moments passionnants. Ce qu’elle a dit des possibilités futures : « La fabrication mondiale du textile va être transformée sur les cinq ans à venir. Alors que les entreprises cherchent à réduire leurs coûts de distribution et à accélérer leur accès au marché, le sourcing local va créer une forte demande de nouvelles ressources d’impression. Le Fast Fashion exige une autre approche. Un plus grand besoin de design attractif va se faire sentir. »

Marchés(42)

Pendant que l’on se pressait dans les allées du Heimtextil, la « European Digital Textile Conference » de WTin se déroulait sous la houlette de (43)Tansy Fall, rédactrice Industry Digitalisation pour WTiN. (44) Mutlu Chaouch Orozco, Digital Innovation Analyst pour WTiN, a passé en revue les développements pertinents pour le textile imprimé en numérique sur le marché mondial. Ses principales constatations sont les suivantes : · L’impression numérique ne représente encore que 4,6 % du marché total de l’impression textile, selon WTiN. Ce pourcentage augmente lentement sous l’influence du « nouveau business » et du fait des hausses de productivité liées au changement des machines existantes.

Ce marché de remplacement est surtout alimenté, selon Orozco, par les fabricants d’imprimantes grand format : Efi-Reggiani, Durst, Konica Minolta, MS et SPGPrints.

Le segment « nouveau business » de l’impression textile est desservi par DGI, Epson, Kornit, Mimaki et Mutoh. Orozco a spécifiquement nommé Aleph-LaForte (sponsor de la conférence) ainsi que quelques Asiatiques connus.

Pour les deux segments, des constructeurs comme ATP Color, d.gen et Roland DG n’ont pas été mentionnés.

75 constructeurs desservent actuellement le marché des imprimantes numériques et plusieurs grands fournisseurs sont également « en bonne voie ».

Les parts de marché actuelles s’établissent comme suit, toujours selon Orozco : Durst 4 %, Konica Minolta (Nassenger) 4 %, Efi-Reggiani 13 %, Mimaki 3 %, Atexco 12 %, Zimmer 3 %, Robustelli 5 %, MS 20 % et Autres 36 %.

Jusqu’à la première moitié de 2017, on imprimait en numérique sur plus de 37 486 imprimantes textiles, ce qui représentait 1,57 milliard de m2. 2016 avait montré une hausse de 29 % par rapport à 2015. Pronostic pour 2020 : 47 000 imprimantes textiles numériques qui imprimeront environ 2,5 milliards de m2.

Environ 60 % de toutes les impressions textiles dans le monde sont réalisées par transfert et sublimation, contre 40 % par le procédé de fixage direct. Ces chiffres se comprennent hors Amérique du Sud, où la proportion est inversée.

La production totale de textiles imprimés se répartit comme suit : 37 % en Asie (Chine et Inde), 38,5 % en Europe (y compris la Turquie et l’ensemble de la Russie), 9,6 % en Amérique du Nord, 5,0 % en Amérique du Sud, 3,5 % en Afrique, 4,4 % en Arabie et Iran et 2 % en Australasie. 50 % de tous les textiles imprimés proviennent de 5 régions du monde : Chine, Inde, Italie, Turquie et États-Unis.

Lors de la séance questions-réponses à la conférence (45), le Prof. Dr. em. Marc Van Parys a déclaré que le (savoir) textile en Belgique n’était plus aussi sexy que jadis.

Jan Vroegop