Solvant et UV ont leur place et peuvent coexister

29 novembre 2018

Lors d’un séminaire organisé dans le cadre du salon Sign2Com, Kris Berghs, Sales Manager de Mutoh Europe, a expliqué pourquoi, encore aujourd’hui, aucun procédé d’encrage ne convient à 100 % pour toutes les applications d’impression. Il a également passé en revue les tendances dans le domaine des encres en Europe. Petit résumé.

  • Les encres solvant et LED UV sont des solutions complémentaires. Celui qui comprend comment elles se complètent comprend aussi les opportunités de marché.

  • L’encre solvant, latex ou UV universelle qui réunirait toutes les caractéristiques optimales n’existe pas.

  • Création de valeur avec l’UV et le solvant.

Le solvant est-il mort ?

Mutoh fournit aussi bien des imprimantes à encres à (éco)solvant qu’à séchage UV, ce qui en fait un observateur autorisé des récents développements. Mais c’est surtout à la lecture des graphiques du cabinet international d’étude de marchés Infosource que la vitalité du solvant apparaît le plus clairement. Même si leur nombre est en baisse, il se vend encore beaucoup plus de machines « solvant » que « UV » ou « Latex ». En 2017, on recensait 63 465 imprimantes solvant (67,5 %) installées en Europe, contre 16 520 Latex (17,5 %) et 14 066 UV (15 %). Imprimantes UV dont la part de marché est en progression régulière (les imprimantes à encres UV jusqu’au format 23 pouces ne sont pas reprises dans les chiffres). À cela, plusieurs explications. L’une d’entre elles est le coût d’investissement sur la base de la technologie utilisée, que Kris Berghs calcule comme étant le coût par m2 de capacité de production. Pour des imprimantes à solvant ou Latex d’un prix d’achat compris entre 8 000 et 35 000 euros (les systèmes haut de gamme ne sont pas pris en considération) celui-ci est d’environ 1 500 euros. Pour des imprimantes UV vendues entre 45 000 et 500 000 euros, la médiane du coût/m2 de capacité de production atteint 10 000 euros. Compte tenu d’un prix d’achat plus élevé, ce sont surtout des entreprises plus grandes, générant un chiffre d’affaires important, qui investissent dans des imprimantes UV. Elles possèdent généralement un parc de machines mixte, mêlant des équipements à encres solvant, Latex et UV. Les firmes plus petites investissent surtout dans la technologie à solvant ou Latex eu égard à un prix d’achat et à un coût/m2 de capacité de production moins élevés. Les machines UV les plus chères atteignent des vitesses de production supérieures, ce qui se traduit par un nombre plus important de mètres carrés imprimés : UV (33 % du volume d’impression en Europe), Latex (14 %) et solvant (53 %). Le courant dominant du marché du sign&display est relativement peuplé, la concurrence y est rude et l’idée pourrait donc y germer de chercher la solution dans le moins cher. Mais, prévient Kris Berghs : « Attention au bon-marché ! En plus d’être plus productif, le procédé UV engendre aussi une valeur ajoutée supérieure. Autrement dit, les applications UV permettent de gagner plus. » Traduit en chiffres, la valeur de la production réalisée avec la technologie d’encres UV s’élève à 43 %, contre 14 % pour le latex et 43 % pour le solvant. Des chiffres que Berghs tient toutefois à nuancer. L’UV LED tire en effet le coût/m2 de capacité de production fortement vers le bas : 5 000 euros/m2 pour l’UV hybride contre 10 000 euro/m2 antérieurement ; et 3 000 euros/m2 pour l’UV rouleau-rouleau par rapport à une moyenne de 1 500 euros/m2 pour le solvant. L’UV LED est donc envisageable pour réduire le coût d’applications existantes ou pour en déployer d’autres. Les ventes de modèles UV rouleau-rouleau affichent d’ailleurs une spectaculaire progression depuis le premier trimestre 2017. L’UV, nouvelle panacée ? « Non », répond Berghs, « même si le marché est prêt à accueillir les bras ouverts une technologie qui conviendrait pour toutes les applications. Hélas, que soit en solvant, UV ou Latex, l’encre universelle qui réunirait toutes les caractéristiques optimales, n’existe pas. »

UV ou solvant ?

Kris Berghs : « Le développement des encres implique que l’on fasse des choix. » Au Sign2Com, Berghs a énuméré les familles d’encres utilisées par Mutoh et évoqué les défis techniques à relever pour chacune d’entre elles :

à l’eau : nécessaire pour l’impression par sublimation sur textile. Défilié à la question du séchage, et donc de la consommation d’énergie.

à solvant : rentable, mature, bête de somme, doit toujours se réinventer (UMS ou solvant doux, écosolvant…).

Remarque en passant : une goutte d’encre au solvant ramollit la surface, le pigment ou la résine est absorbé(e) par cette surface, le solvant s’évapore et le pigment ou la résine reste incorporé(e) dans le support d’impression. L’image est de ce fait très résistante, et moins sensible à l’usure et au frottement, ainsi qu’aux détergents.

Par réinvention du solvant, on pense notamment à la sélection intelligente de molécules moins agressives. Leur utilisation conduit à une diminution des préoccupations en matière de sécurité, une faible odeur et un caractère plus respectueux de l’environnement. Dans l’encre UMS (Universal Mild Solvent) de Mutoh, par exemple, la part active des résines a été fortement augmentée par rapport au liquide (solvant) dans lequel elles sont mélangées. De composant actif essentiel, la fonction du solvant est ramenée à celle d’un véhicule très volatil pour la résine et les pigments, ce qui en réduit la nocivité pour le milieu de travail et l’environnement.

UV : coûts de développement élevés, grand potentiel, ne répond pas aux besoins de toutes les applications.

Le procédé UV-LED se décline en différentes variantes, allant des encres souples très douces aux plus rigides, qui ne peuvent plus être pliées, mais présentent en revanche la plus haute résistance chimique et à l’abrasion. Les caractéristiques spécifiques des différentes sortes d’encres UV résultent de leur composition, et notamment de l’utilisation et du type de monomères mono ou multifonctionnels dans l’encre. L’encre LED-UV Flex de Mutoh imprimée et vernie sur PVC coulé autorise par exemple un étirement de 180 % (100 mm deviennent 180 mm).

Encres à solvant ou UV: le pour et le contre

souplesse et étirabilité

Les encres UV sont supplantées par les encres au solvant sur le plan de l’étirabilité. Pour un habillage de véhicule, un pelliculage de l’impression à l’encre UV Flex de Mutoh est nécessaire.

brillance

Le film d’encre UV masque le brillant du support. Le brillant d’un imprimé UV est déterminé par l’encre, le séchage et les parties non imprimées. Les parties encrées et non encrées présentent des différences. Solution : vernir ou imprimer sur des supports transparents.

Maintien moyen à excellent du brillant avec les encres au solvant. Un support brillant reste brillant. Pas de différence entre les parties imprimées et non imprimées.

résistance

l’encre UV présente la plus haute résistance chimique et à l’abrasion.

solvant : par rapport à une encre UV, une encre au solvant présente une résistance chimique et à l’abrasion limitée.

Conclusion : l’encre UV convient mieux pour les applications saisonnières et événementielles.

Attention : avec les imprimés UV à faible densité (les gouttelettes ne forment pas une couche d’encre hermétique ; il y a une petite zone de contact), l’encre peut durcir et se fragiliser sous l’effet du rayonnement ultraviolet du soleil et finir par se détacher. L’adhérence peut être améliorée par un vernissage au moment de l’impression ou un pelliculage. Pour les applications intensives d’intérieur, les imprimés UV ne doivent pas obligatoirement être vernis ou pelliculés.

longévité en usage extérieur

les pigments des encres au solvant sont incorporés dans le support et donc mieux protégés contre la lumière du soleil que ceux des encres UV. Pour l’extérieur, mieux vaut une encre au solvant qu’une encre (LED) UV si l’impression n’est pas protégée. L’encre UMS a une longévité en usage extérieur qui peut aller jusqu’à 3 ans sans pelliculage.

encre UV : résistance au-dehors jusqu’à 15 mois sans pelliculage. Avec pelliculage : de 24 à plus de 60 mois selon le type de film.

Conclusion

Ni les encres au solvant ni les UV ne conviennent pour l’ensemble des applications. Chaque technologie offre des avantages fonctionnels différents. Leur association permet toutefois de couvrir une majorité d’applications de manière optimale.

Les encres au solvant coûtent moins cher mais les applications du procédé UV génèrent davantage de valeur ajoutée : blanc, vernis, effets spéciaux comme le relief, large éventail de supports différents.

Les encres au solvant doivent sans cesse être réinventées. Les ventes d’imprimantes LED UV sont en forte hausse depuis quelques mois.

Alain Vermeire